Réponses aux sollications des agriculteurs Bio

À l’approche des élections municipales de 2026, nous, fermes paysannes engagées, pratiquant l’Agriculture Biologique ou sous mention Nature et Progrès, lançons un appel aux candidats des communes de l’Agglomération des Sables d’Olonne, pour s’engager en faveur de l’agriculture biologique autour de 4 actions concrètes sur la restauration collective, la santé, le foncier et de filière locale. En 2024 le territoire comptait 23 fermes bio pour 1423 ha, soit 29,3% des fermes et 19,6% des surfaces agricoles utiles, preuve que l’agriculture biologique est loin d’être négligeable sur l’agglomération des Sables d’Olonne. La bio apporte également un dynamisme économique puisqu’en plus de ces fermes, dont plus de 50 % pratiquent la vente directe, 31 entreprises (transformateurs ou distributeurs) ont une activité certifiée bio sur le territoire. L’agriculture biologique, par son engagement à ne pas recourir à des produits (engrais ou pesticides) de synthèse et à son implantation locale, répond à des enjeux du territoire : santé des populations, respect de la biodiversité, de la qualité de l’eau et des paysages. Elle répond également à un enjeu d’attractivité touristique du territoire, grâce à des fermes tournées vers l’accueil qui proposent des produits de haute qualité, savoureux et sains.

Cependant la ville des Sables d’Olonne connait plusieurs problématiques liées à l’agriculture et à l’alimentation.

• Le foncier : avec des difficulté d’accès au foncier (spéculation, urbanisation, logement) pour les porteurs de projet. Pour une partie du foncier se rajoute les spécificités liées à la loi littorale.

• La restauration collective, avec une part toujours insuffisante des produits bios dans les cantines. Sur 40 établissements scolaires seulement 17 établissements proposent 20 % de produits bios dans leur cantine ! https://macantinebio.fr/etablissement/0850486S

• Une demande importante de produits bios et locaux qui laissent des possibilités d’installation et de conversion vers l’Agriculture Biologique.

C’est pourquoi, nous, fermes bio implantées sur l’agglomération, appelons les candidats et candidates aux prochaines municipales à se positionner sur 4 mesures concrètes à même d’améliorer les capacités du territoire à proposer des produits sains et qualitatifs aux citoyens.

  1. Faciliter l’accès au foncier pour les personnes souhaitant s’installer en bio sur l’agglomération et ainsi améliorer l’autonomie alimentaire de notre territoire.

  2.  S’engager à respecter et même dépasser les objectifs de la loi Egalim (20%) en terme de produits bio dans les cantines municipales, tout en gardant un budget maitrisé

  3. Mettre en place des paniers bio pour les femmes enceintes du territoire pour réduire leur exposition aux perturbateurs endocriniens.

  4. Travailler à mettre en lien producteurs et restaurateurs, à travers des logistiques de territoires (type plateforme local, abattoirs, atelier de transformation…)

Ces actions sont prioritaires, concrètes, réalistes et mesurables, conçues pour permettre aux futur·es élu·es d’agir efficacement car elles mobilisent des compétences communales ou intercommunales déjà existantes. La Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique propose un PACTE Bio reprenant notamment ces 3 premières mesures, et propose aux candidats et candidates de signer ce pacte en choisissant les mesures qu’ils ou elles souhaitent développer.

NOS RÉPONSES

Merci pour votre interpellation. Elle a le mérite de poser le débat là où il doit être : non pas sur des intentions générales, mais sur des leviers concrets d’action publique en matière de foncier, de restauration collective, de santé environnementale et de structuration des filières locales.

Nous partageons votre idée de fond : l’agriculture biologique et les productions locales ne sont pas un sujet sectoriel. Elles touchent à la qualité de l’eau, à la santé publique, à l’alimentation, à l’emploi local, à la biodiversité et à la résilience de notre territoire. Le Projet alimentaire territorial des Sables d’Olonne Agglomération montre d’ailleurs que le sujet n’est pas marginal : le territoire compte 7 532 hectares de surface agricole utile, 77 exploitations, dont 21 en bio, et 24 restaurants collectifs inscrits sur “ma cantine”, parmi lesquels 17 ont télédéclaré leurs achats. Le même PAT souligne aussi des enjeux environnementaux liés à l’agriculture, notamment sur l’eau et les produits phytopharmaceutiques.. (France PAT)

Faciliter l’accès au foncier pour les personnes souhaitant s’installer en bio sur l’agglomération et ainsi améliorer l’autonomie alimentaire de notre territoire.

Sur l’accès au foncier pour l’installation en bio, nous voulons répondre très favorablement à votre demande. Pour nous, il ne suffit pas d’affirmer qu’il faut “préserver les terres” : il faut mettre en place une vraie stratégie foncière agricole, à l’échelle de l’agglomération, adossée au PAT, avec des outils de veille, de protection, de portage et de mise à disposition. Nous proposons donc de créer une cellule foncier-installation bio réunissant la collectivité, la SAFER, Terre de Liens, la Chambre d’agriculture et les acteurs de l’accompagnement à l’installation, afin de repérer les parcelles mobilisables, d’anticiper les ventes, de préserver les terres nourricières et de faciliter concrètement l’installation de projets bio sur le territoire.

Ce choix n’a rien de théorique. D’autres collectivités ont montré qu’une politique foncière volontariste peut produire des résultats concrets quand elle combine urbanisme, maîtrise foncière, partenariats et accompagnement à l’installation. À Mouans-Sartoux, la commune a préempté des terres, créé une régie agricole municipale, augmenté les surfaces agricoles protégées dans son document d’urbanisme, identifié des zones favorables à l’installation, mis des terres municipales à disposition et soutenu financièrement des productions bio. Dans la Métropole de Lyon, des outils de protection foncière à grande échelle ont permis de sanctuariser des terres agricoles, d’accompagner des projets et de sécuriser des installations, y compris sous forme collective. Ces exemples montrent qu’une collectivité peut réellement agir quand elle se donne des objectifs clairs et des moyens cohérents.

Dans cet esprit, notre engagement est de ne pas rester au stade de l’intention. Nous voulons protéger durablement les espaces agricoles les plus exposés, mobiliser les outils adaptés lorsque c’est pertinent, organiser une veille foncière active avec la SAFER, et bâtir dès le début du mandat un premier programme de foncier sécurisé pour l’installation bio. C’est la condition pour répondre à votre demande de manière utile, et pour faire de l’agriculture biologique non pas une variable d’ajustement, mais une vraie priorité territoriale.

S’engager à respecter et même dépasser les objectifs de la loi Egalim (20%) en terme de produits bio dans les cantines municipales, tout en gardant un budget maitrisé

Sur la restauration collective, notre position est claire : il faut d’abord mettre partout le territoire au niveau des obligations légales, puis ouvrir une trajectoire locale plus ambitieuse. Le bon point de départ n’est pas une annonce abstraite, mais un engagement simple : diagnostic sur toutes les cantines concernées, télédéclaration systématique, publication des résultats, puis progression suivie. La loi EGalim impose déjà 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de bio, et que cette obligation est désormais généralisée, avec en plus un objectif de 60 % de produits durables et de qualité pour les viandes et poissons. Or, nationalement, seuls 29,4 % des établissements atteignent les deux objectifs à la fois. Autrement dit, l’enjeu n’est plus de commenter la loi, mais de l’appliquer partout et de faire mieux là où c’est possible.

Pour nous, il ne s’agit pas simplement d’affirmer que nous “respecterons la loi” : il s’agit d’assumer une trajectoire politique claire, consistant à mettre toutes les cantines municipales au niveau des exigences d’EGAlim, puis à aller au-delà, de manière progressive, publique et pilotée. Nous voulons donc faire de la restauration collective un levier concret de transition alimentaire, de santé publique et de soutien aux filières locales.

Cette ambition n’est pas irréaliste. Des collectivités ont montré qu’il était possible de progresser fortement vers davantage de bio et de local, à condition de ne pas traiter la question uniquement par le prix d’achat. Là où cela fonctionne, plusieurs leviers sont activés en même temps : réduction du gaspillage, travail sur la saisonnalité, menus mieux conçus, achats publics mieux structurés, montée en qualité des produits bruts, et partenariat durable avec les producteurs. À Mouans-Sartoux, par exemple, la progression s’est appuyée sur une vraie politique de long terme, avec une maîtrise publique forte, une attention au gaspillage et une cohérence entre production, cuisine et éducation alimentaire. C’est ce type de logique globale que nous voulons retenir.

Dans cet esprit, notre engagement est de ne pas en rester à un affichage. Nous proposons de lancer dès le début du mandat un plan cantines bio et locales fondé sur quatre priorités : un état des lieux précis par site, une transparence complète sur les achats et les résultats, une trajectoire annuelle de progression rendue publique, et un travail structuré avec les filières locales pour sécuriser les approvisionnements. Notre volonté est donc claire : oui, nous voulons satisfaire votre demande, non pas par une promesse hors-sol, mais par une méthode sérieuse permettant d’augmenter la part du bio tout en gardant un budget maîtrisé grâce à une meilleure organisation.

 

Sur la maîtrise budgétaire,

Nous refusons l’opposition trop facile entre qualité et sérieux financier. Oui, améliorer la part du bio et du local a un coût. Mais le gaspillage alimentaire en a un aussi, et il est élevé : une actualisation ADEME relayée par l’État l’évalue à 1,03 € par repas en coût complet moyen, tandis que les ordres de grandeur du surcoût matière lié à EGAlim se situent, selon les cas, entre 0,14 et 0,42 € par repas. Cela ne veut pas dire que la transition s’autofinance mécaniquement, mais cela montre qu’une part du financement passe par l’organisation : lutte contre le gaspillage, travail sur les menus, saisonnalité, achats mieux structurés, et contractualisation plus intelligente avec les producteurs. (DRAAF Bourgogne-Franche-Comté)

Mettre en place des paniers bio pour les femmes enceintes du territoire pour réduire leur exposition aux perturbateurs endocriniens.

Sur la mise en place de paniers bio pour les femmes enceintes du territoire, nous voulons vous répondre favorablement. Pour nous, cette proposition ne relève ni du symbole ni du gadget : elle s’inscrit dans une logique sérieuse de prévention en santé-environnement, à un moment de la vie où la réduction de l’exposition à certains polluants et perturbateurs endocriniens est particulièrement importante.

Cette demande nous paraît d’autant plus pertinente qu’elle correspond à des dispositifs déjà expérimentés avec succès dans d’autres collectivités. Des territoires comme Grand Angoulême, Grand Cognac ou encore Rennes ont mis en place des formules associant distribution de paniers bio, accompagnement des futures mères et actions de prévention. Ces expériences montrent qu’il est possible de construire un dispositif utile, concret, compréhensible par les habitantes, et articulé à la fois avec la santé publique et avec le soutien aux producteurs locaux.

Dans cet esprit, notre engagement serait d’étudier puis de lancer un dispositif pilote à l’échelle du territoire, construit avec les professionnels de santé, le CCAS, les structures de prévention, les sages-femmes, les maternités et les producteurs bio locaux. Nous voulons que cette proposition soit pensée sérieusement : avec un public clairement identifié, un mode d’accès simple, une durée adaptée, un accompagnement pratique, et une évaluation publique des résultats. Notre volonté est donc claire : oui, nous voulons donner une suite concrète à votre demande, en la traduisant dans une politique locale utile, lisible et réaliste.

Travailler à mettre en lien producteurs et restaurateurs, à travers des logistiques de territoires (type plateforme local, abattoirs, atelier de transformation…)

Sur le lien entre producteurs et restaurateurs, à travers des logistiques de territoire, nous voulons vous répondre très favorablement. Pour nous, l’enjeu n’est pas seulement de dire qu’il faut “consommer local”, mais de créer les conditions concrètes pour que les producteurs du territoire puissent réellement accéder aux débouchés de la restauration collective et commerciale. Cela suppose de travailler sur l’organisation, la régularité des volumes, la transformation, la mutualisation et la logistique, afin que le local ne reste pas une intention mais devienne une réalité économique durable.

Cette demande nous paraît d’autant plus juste qu’elle correspond à un frein bien identifié : sur beaucoup de territoires, ce n’est pas l’absence de volonté qui bloque, mais l’absence d’outils intermédiaires. Entre le producteur et l’assiette, il manque souvent des solutions simples pour regrouper l’offre, faciliter les commandes, assurer la transformation quand elle est nécessaire, et rendre les circuits plus lisibles pour les restaurateurs. C’est précisément sur ce maillon que la collectivité peut jouer un rôle utile d’impulsion, de coordination et de soutien.

Dans cet esprit, notre engagement serait d’ouvrir dès le début du mandat un chantier territorial “production locale – restauration”, réunissant producteurs, restaurateurs, cuisines collectives, chambres consulaires, acteurs de la transformation et de la logistique. L’objectif serait d’identifier les besoins réels du territoire et de construire une réponse progressive : d’abord améliorer la mise en relation et la commande, ensuite soutenir les solutions de mutualisation logistique, et enfin accompagner, lorsque cela est justifié, des outils plus structurants comme une plateforme locale, un atelier de transformation ou d’autres équipements partagés. Notre volonté est donc claire : oui, nous voulons donner une suite concrète à votre demande, en la traduisant dans une organisation territoriale plus efficace, plus lisible et plus favorable aux producteurs bio et locaux.

Veuillez croire, Madame, Monsieur, en l’expression de nos salutations respectueuses.

Céline Tesson
Tête de liste  ResponSables

Sources :

Note INRAE / Terre de Liens / Chaire UNESCO Alimentation du monde sur les leviers des collectivités pour agir sur le foncier agricole.
– Cerema, fiches sur la ZAP, le PAEN/PENAP et le droit de préemption sur les espaces agricoles.
Ville de Mouans-Sartoux, politique de reconquête agricole et régie agricole municipale.
Métropole de Lyon, protection foncière via le PENAP et soutien à l’installation agricole. Rapport du Gouvernement au Parlement – Bilan statistique EGAlim 2025 (achats 2024) — état national d’atteinte des objectifs EGAlim.

- Ministère de l’Agriculture – Bilan 2022 EGAlim — point d’appui sur les résultats antérieurs et l’écart entre objectifs légaux et situation observée.

- CGAAER – Rapport sur le surcoût EGAlim — référence de cadrage sur les surcoûts et les leviers de compensation en restauration collective.

- DRAAF Bourgogne–Franche-Comté / ADEME – Coût du gaspillage en restauration collective — référence sur le coût complet moyen du gaspillage alimentaire.

- SAFER Pays de la Loire – Marché foncier 2024 — référence régionale sur les prix du foncier agricole et la pression foncière sur le littoral vendéen.

- Cerema – Zone agricole protégée (ZAP), PAEN et droit de préemption sur les espaces agricoles — outils mobilisables par les collectivités pour protéger durablement le foncier agricole.

- Santé publique France – Perturbateurs endocriniens — référence sur la vulnérabilité particulière de la grossesse et des 1 000 premiers jours.

- INRAE – Projet BioNutriNet — résultats sur la baisse de l’exposition alimentaire à certains contaminants chez les grands consommateurs de bio.

- ANCT / Grand Angoulême – Paniers bio pour les femmes enceintes : exemple français opérationnel de dispositif local de santé-environnement.

- Ministère de l’Agriculture – Agrilocal et guide sur les plateformes collectives : références pour la mise en relation producteurs/acheteurs publics et la structuration logistique territoriale.

 

 

 
 
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